• En France plusieurs poète reçurent le titre de "Prince des Poètes"; ça n'est pas une référence, Appolinaire ne l'a pas eu ! ni Prévert, ni Jules Laforgue, ni Hugo, et saint-john Perse l'a refusé.

    Mais, bon voici la liste :

     

    Aujourd'hui je mettrai Maurice Carême :

     

    Il voulut peindre une rivière ;
    Elle coula hors du tableau.

    Il peignit une pie grièche ;
    Elle s’envola aussitôt.  

    Il dessina une dorade ;
    D’un bond, elle brisa le cadre.  

    Il peignit ensuite une étoile ;
    Elle mit le feu à la toile.  

    Alors, il peignit une porte
    Au milieu même du tableau.  

    Elle s’ouvrit sur d’autres portes,
    Et il entra dans le château.  

     

     

    Il arrive que, rentrant tard
    Par les longues routes du soir,
    Les chevaux tout à coup s'arrêtent,
    Et, comme las, baissent la tête.
    Dans le charette, le fermier
    N'esquisse pas le moindre geste
    Pour les contraindre à se presser.
    La lune, sur les blés jaunis,
    Vient lentement de se lever,
    Et l'on entend comme le bruit
    D'une eau qui coule dans l'été.
    Quand les chevaux rentrent très tard,
    Le fermier ne sait pas pourquoi,
    Le long des routes infinies,
    Il les laisse avidement boire
    Aux fontaines bleues de la nuit.

    (BRABANT)

     

    Il entendit la mort
    Derrière cette porte,
    Il entendit la mort
    Parler avec la morte.

    Il savait que la porte
    Etait mal refermée
    Et que, seule, la mort
    En possédait la clé. 

    Mais il aimait la morte
    Et quand il l’entendit,
    Il marcha vers la porte
    Et l’ouvrit. Il ne vit

    Ni la mort ni la morte ;
    Il entra dans la nuit
    Et doucement, la porte
    Se referma sur lui.

    (PETITES LEGENDES)

     

    (Maurice Carême)

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  • Wagner se trompait


    La sans doute dernière des manifestations dans notre continent de ce que les spécialistes appellent les hominoïdes reliques (et les journaliste à sensations « abominables hommes des neiges » !, ceux dont les grec et romains de l’antiquité avaient fait des « faunes », des Silènes, des nymphes  - rappelons-le les nymphes étaient sensées habiter soit les montagnes, les forêts, ou nager dans les rivières ! (comme les roussalkas du folklore russe) – fut en 1784 à la ville alors nommée Kronstadt, car elle se trouvait alors sous souveraineté autrichienne, et qui est aujourd’hui la ville roumaine de Brasov.

    En effet c’est cette année qu’un savant autrichien, Michael WAGNER eu l’occasion de voir et d’étudier un jeune « homme », qui avait été capture dans la forêt entre la région de Sibenburgen et la Valachie et avait conduit à Kronstadt. Il en parle dans son livre paru en 1794 à Vienne (ed: J. Stahel pages 251-268) : Beiträge zur philosophischen Anthropologie und den damit verwandten Wissenschaften . En bon rationaliste il croit que ce jeune « homme » était un cas de ce qu’on apelle des « enfants sauvages » des enfants, tel que Victor dans l’Aveyron, avaient grandi en-dehors de l’education et de la société des hommes. Seulement quand on lit la description qu’il en fait, il apparaît évident que ce ne peut être un homme, même « sauvage », mais bien le même type d'être que ceux décrits sous les noms d'almasty, nasnas, mirygdys, ksy-gyik, zemlemers, selons les régions et les peuples (en particuliers les innombrables peuples de Sibérie).

     

    « Ce malheureux jeune homme était de sexe masculin et de taille moyenne. Son regard était extraordinairement sauvage. Il avait les yeux profondément enfoncés dans les orbites. Son front était très fuyant. Ses. Sourcils broussailleux et tombants saillaient considérablement, et il avait le nez petit et écrasé. Son cou paraissait comme gonflé et sa gorge goitreuse. Sa bouche était en quelque sorte proéminente. La peau de son visage était d’une couleur jaune sale. Ses cheveux raides, de couleur gris cendré, avaient été tondus. Le reste du corps du garçon sauvage était couvert de poils, particulièrement épais sur la poitrine et le dos. Les muscles des bras et des jambes étaient plus développés et saillants que chez les être humains en général. Il présentait des callosités aux coudes et aux genoux. Il en avait aussi sur les paumes, dont la peau épaisse avait la même couleur jaune sale que le visage. Les ongles des mains étaient très longs. Les orteils étaient plus allongés que la normale. Il marchait dressé mais d’un pas lourd, en se dandinant, avec la tête et la poitrine portées en avant.

    Au premier coup d’œil, j’ai été frappé par son espèce de sauvagerie et son aspect animal. Il était tout à fait privé du don de la parole, même de la moindre capacité de prononcer des sons articulés. Il émettait seulement un murmure indistinct quand son gardien l’obligeait à marcher devant lui. Ce murmure s’enflait et se transformait en hurlement dès qu’il apercevait la forêt voire un seul arbre isolé. … En voyant une femme, il poussait des cris sauvages et il tentait de manifester par des mouvements l’éveil de ses désirs.

    …..
    Au début sa nourriture consistait en diverses feuilles d’arbres, en herbes, en racines et en viande crue. Ce n’est que graduellement qu’il s’habitua aux aliments cuits : d’après l’homme qui s’en occupait, il s’écoula bien une année avant qu’il n’en aceptêt.

    ….

    D’après son aspect on pouvait lui donner de vingt-trois à vingt-cinq ans.  Quand je l’ai vu pour la seconde fois, il ne prononçait toujours pas la moindre parole, mais il avait manifestement changé à bien des égards. Il s’était accoutumé à porter des souliers et des vêtements, mais ne se souciait nullement qu’ils fussent en lambeaux

    …..

    Quand on lui présentait un miroir, il regardait derrière celui-ci, mais restait tout à a fait indifférent de n’y point trouver son image. Le son des instruments de musique semblait l’intéresser un peu, mais quand, un jour, dans ma chambre, je l’entraînai près du piano, il écouta apparemment avec plaisir mais n’osa pas toucher le clavier et fut saisi d’effroi quand je tentais de l’obliger à le faire.

    A partir de 1784, époque à laquelle on l’emmena de Kronstadt, je n’ai plus jamais entendu parler de lui."

     



    Et le passage le plus triste et émouvant de la description est quand Wagner dit :

    « un jour qu’il se trouvait dans ma chambre, d’où il avait vue sur la forêt et les montagnes, il se mit à hurler d’une façon vraiment pitoyable. Il semblait exprimer la nostalgie de son ancien état. »



    Sur ces sujets il y a un excellent livre: "Sur les traces de l'homme des neiges russe" par Dimitri BAYANOV, et plusieurs sites internet
    tel celui-ci:
    http://www.stgr-primates.de/news.html
    ou:
    http://www.bfro.net/
    ou:
    http://cerbi.ldi5.com/article.php3?id_article=35
    ou:
    http://jeanluc.drevillon.club.fr/hominologie.html
    et l'histoire de Zana!
    http://www.hominology.narod.ru/zanai.htm



    kaj en Esperanto :
    * http://abonu.com/archive/kulturo.mozaiko/200209/23214836.html
    * http://www.esperanto-andalucia.org/monate/Monate73.pdf
    en la faksimilo de la revuo "Monate ĉe vi" serĉu la artikolon titolitan "Neandertalaj homoj plu vivas",
    *  kaj ĉi tie du aliaj artikoloj sub la sama titolo (sed ne la samaj informoj!):
    http://r.platteau.free.fr/prozajtradukajxoj.html#Neandertalaj_homoj_plu_vivas

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  •  


    L'effroyable projet INDECT ! par DJAMELITO-UPR

     

     

     

    La conférence en entier :

     


    L'Europe Sécuritaire par DJAMELITO-UPR

     

    nos "ancêtres" (nous-mêmes dans la plupart des cas !) d'il y a seulement 40 ans seraient effarés et épouvantés de voir ce qu'est devenue la France, ce que sont devenues les libertés publiques ! Jamais, au grand jamais dans les années 60 on n'aurait admis des choses pareilles, ni seulement imaginé, on ne les aurait conçu que dans cet épouvantail qu'était alors l'URSS etles Stalinisme.mais jamais on n'aurait seulement imaginé que des choses pareilles puissent exister dans un pays civilisé. http://miiraslimake.over-blog.com/article-relire-les-readers-digest-de-1969-c-est-instructif-63680684.html

     

     

    v

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  • obsèque du ministre de la défense de la République Syrienne.

    Remarquez la réaction de la foule syrienne !

    Remarquez aussi une chose : ce ministre était chrétien. (et dans l'église il y a autant de femmes que d'hommes, et elles son décolletées)

     

     

    est-il besoin d'autres commentaires ? qui a des oreilles entende, et réfléchisse.

     

    Une analyse détaillée et prudente de d'un journaliste bien informé et présent sur les lieux :


    Thierry Meyssan : « L’armée syrienne a mis en... par Mecanopolis

     

     

     

    La Bataille de Damas - 40 à 60.000 mercenaires lybiens islamistes, infiltrés par la frontière Jordanienne attaquent Damas: Thierry Meyssan : La bataille de Damas par Mecanopolis

    l'agence de presse syrienne : http://208.43.232.81/index_fra.html

    nouvelles du soir, espoir ! http://www.infosyrie.fr/actualite/21-juilllet/

    faux succès, vraies atrocités : http://www.infosyrie.fr/actualite/incidents-de-frontiere-faux-succes-vraies-atrocites/

    la vérité syrienne :  https://www.facebook.com/syrian.truth.f

    v

    ah  ! quelques photos de syrie : j'ai dit le 15 juillet

    http://www.ipernity.com/doc/chehne/13020818

    http://www.ipernity.com/doc/chehne/1302081

    puissent-ils continuer à pouvoir manger de bons gateaux, comme celui-ci du 10 juillet : http://www.ipernity.com/doc/chehne/12995998

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  • vvv

    vvv

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  • La société a toujours été basée sur la mort. Avant on institutionnalisait le meurtre sous le nom de guerre ; Maintenant on ne se fait plus la guerre, mais on a inventé l’avortement et l’euthanasie. Et les bavures policières.

     

     

     

    Comme l’histoire l’a bien montré, on commence par la stérilisation « volontaire », puis forcée, puis on passe au génocide.

    De même on commence à banaliser l’avortement, puis l’euthanasie. Avant de conditionner les esprits par un terrorisme intellectuel (chose qui fonctionne toujours très bien, dans toutes les sociétés et toutes les époques) puis de le rendre obligatoire, en psychiatrisant puis criminalisant ceux qui refuseraient (On le fait déjà pour plein d’autres choses, et ça vient, au galop !)

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  •  


    Thierry Meyssan sur le massacre contre la... par cbknikII

     

    Le président Bachar al-Assad a affirmé que le moral et le sentiment national chez la majorité du peuple syrien, sont deux armes qui ont réussi à affronter les pressions exercées par les grandes puissances dans le monde et par beaucoup de pays régionaux.

     

    et la photo qui met les points sur les "I" :


    8040 310677782358188 2146727328 nCe personnage est le responsable du bureau d'information des brigades révolutionnaires de Tripoli, en Libye. Sa présence et sa participation active à "l'insurrection pacifique du peuple Syrien" démontre bien que le mouvement populaire Syrien a bel et bien été infiltré par des mercenaires à la solde des puissances étrangères, entrainés en Turquie et financés par l'Arabie Saoudite et le Qatar, le tout étant sous commandement de l'OTAN.

     

     

     

    manifestation à Alep en juillet 2012 en faveur du gouvernement syrien

    curieusement ça les télé "voix de nos maîtres" ne vous le montrent pas !

     

     

    Quand aux opposants, que crient-ils, TOUS, àtout bout de champ ?

    Si vous n'aviez pas encore compris quecesont desfanatiques intégristes, des qui vontmassacrer les alaouites, faire fuir les chrétiens et faire régner la charia, c'est ça visiblement ce que veulent les USA et leurs aliés les autocrates obscurantistes saoudiens !

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  • regardez cette photo d'une publicité de boite de spéculation capitaliste :

     

    LangueFrancaiseAnonymise.JPG

     

    Vous ne remarquez rien ?

    Oui, bien sûr, que remarquer quand une phrase est écrite en bon français ?

    Eh bien justement qu'elle soit écrite en un français correct !

    Car justement avec l'actuelle ambiance de colonisation et d'aliénation anglo-américaine que nous subissons, en particulier du fait, à l'origine, de justement cette classe d'homme d'affaires, dont la langue amerloque est devenu le bain et le mot de passe, c'est peut-être la seule, je dis bien la seule, explorez, vous verrez, phrase où l'idée de "profiter de l'occasion" est écrite en français, c'est à dire "profitez de l'occasion" !

     

    En effet, comme le savent tous les collégiens (je dis bien collégiens) qui ont gardé un peu de souvenir de leurs leçons d'anglais, l'expression française "profiter de l'occasion" se dit en anglais , avec ce trait typique - et que connaissent bien tous les collègiens ! - de ce qu'on appelle les "faux amis" (to injure, to abuse, spectacles, candid, etc, etc) : "to avail oneself of the opportunity", car le mot anglais "opportunity" veut dire en français "occasion" (et non "opportunité", qui est quelque chose de tout à fait différent : le caractère de ce qui est opportun). Quel rapport ? Aucun NORMALEMENT! Sauf que ces ploucs anglomanes d'affairistes, incultes, et baignant dans un bain de langue anglaise bredouillé obesessionnellement (car c'est pour eux un "must" idéologique ... ) à la manière de Sarkozy (!) ont pris l'habitude de traduire paresseusement - et avec une inintelligence qui leur vaudrait un zéro pointé en classe de troisième ! - "opportunity" par "opportunité", c'est à dire de manière totalement erronée !

    Aussi depuis quelques années nous sommes littéralement abreuvés d ' "opportunités" utilisés avec le sens du mot anglais "opportunity" ! .

     

    Aussi, de voir un rédacteur de publicité - donc justement appartenant au milieux le plus inculte et le plus atteint par ces dérives de rastaqouères serviles envers les colons de la "race supérieure" ! avoir encore le réflexe de ..... s'exprimer en français ! c'est absolument sidérant !!!

    Cette photo est un document historique. On pourra l'utiliser plus tard dans les livres d'histoire

    (dans le chapitre qui traitera de la déculturation de l'Europe transformée en glacis capitaliste de l'empire etat-uniens.http://www.dailymotion.com/video/xpafav_l-union-europeenne-un-glacis-geopolitique-zapping_news )

     

     

    v

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  • Parmi les innombrables  émissions merveilleuses et inoubliables qu'il y avait autrefois à la radio, il y avait sur France IV, devenu, lors du commencement de la fin, la fin de la radio, dans les années 60, "Inter-Variétés" au début de chaque fin d'après-midi à cinq heures une émission pour les femmes "Rendez-vous à cinq heures", et dans le cours de cette émission il y avait toujours un moment de lecture suivie d'un roman. J'en ai découvert  plusieurs par ce moyen, et il y  en a plusieurs que je n'ai pas oubliés, et que j'entends encore.(par exemple cette nouvelle fantastique : "La mouche" http://archives.site.free.fr/site20022003/sitemonstre/autrmonstres/nouvelles.htm ) L'un d'eux fut "Sylva" de Vercors. (NOUVEAU: il y a un site qui l'étudie de manière détaillée, ici http://vercorsecrivain.pagesperso-orange.fr/sylva.html) Roman sur le thème,  central chez lui, de savoir quelle est la différence entre les hommes et les bêtes,  qu'est-ce qui fait un homme? Dans ce roman il imagine qu'une renarde est devenue tout à coup, par un phénomène non expliqué, une femme.
    Ce livre  a  en fait des défauts exaspérants: il pue le racisme social ainsi que les préjugés rancis de cette époque encore  idéologiquement aveuglée au sujet des animaux par l'ideologie-Descartes/Malebranche et les rites verbaux (ah ce fameux "instinct"!) de plusieurs siècles de refus de voir crispé.  Mais si j'y suis resté attaché, au point de l'acheter trente ans plus tard exprès ! (c'etait l'édition originale, il n'a jamais été réédité, avec des pages à couper et il y en a que j'ai laissées en l'état) c'est bien sûr à cause du souvenir. Et puis aussi à cause de ce passage, qui m'avais bien sûr marqué à l'époque, quoiqu' il ne m'apprenait rien (justement parce qu'il ne m'apprenait rien, l'épouvante de la mort fut l'ombre majeure de mon enfance, et je ne comprends toujours pas, c'est une chose qui m'effare totalement, comment se fait-il que les gens puissent vivre "comme s'ils ne savaient pas" (A. Camus) et pourquoi il n'y a pas des milliers d'enfants qui  se suicident à 10-12 ans, c. à d. une fois arrivés à l'âge de raison?) le moment où Sylva, la renarde devenue femme, découvre la mort. 
    Voici, donc, justement, extrait de cette édition de 1961, le passage en question. Avec ce fameux et tellement classique "argument" pour rassurer les gens, le plus classique, et de loin le plus con ! - mais si souvent efficace, il se base sur la faiblesse infinie de l'intelligence humaine, et l'engourdissement encore plus infini de sa sensibilité (qui cause bien d'autres aberrations et inconsciences de la pensée, pas seulement celle-là !) parmi ceux qu'on nous sert pour "think positive!" sur ce sujet : celui  qui ici appraît sous ces mots : "Mais oui, Bonny aussi, un jour… mais dans longtemps, longtemps, si longtemps que ce n’est pas la peine d’y penser ! "


    « Quand nous la rejoignîmes un peu plus tard, elle avait en effet déterré le chien, mais elle ne l’avait pas touché. Après une journée passé en terre, il était devenu assez atroce : attaqué par les fourmis, les taupes, les nécrophores, il ressemblait déjà, au fond de son trou, à une vielle peau de bique toute mitée, usée, percée, au surplus maculée d’humeurs saignantes. L’odeur commençait à être peu supportable. Sylva regardait la charogne dans une immobilité impressionnante. Je m’approchai d’elle, l’entourai de mon bras, je dis doucement :

    Tu vois, il est mort.


    Sylva ne quittait pas des yeux son malheureux copain. Elle commença de trembler, très légèrement, mais sans arrêt. C’était plutôt un long frémissement interminable. Je la pressais bien fort contre moi. Enfin elle demanda, avec une espèce de difficulté, comme si elle avait eu du mal à faire usage de la parole :

    - Plus… jouer… ?

    Je dis avec autant de douceur que je pus :

    - Non, ma petite Sylva. Pauvre Baron, plus jouer.

    Sylva tremblait avec une intensité croissante. Et puis elle arracha son regard de la triste dépouille, et alors elle le posa sur moi. Ce n’était pas un regard questionneur. C’était plutôt une sorte d’examen aigu, étrangement aigu de mon visage. Comme une méditation profonde sur la signification d’une figure humaine. Mo, je la laissais faire, sans rien dire, n’osant ni tout à fait sourire, ni tout à fait montrer un visage trop grave, trop attristé. Je lui rendais son regard avec tendresse mais ce n’était pas mes yeux qu’elle regardait. C’étaient mon nez, mes lèvres, mon menton. Et à la fin elle demanda, mais sa voix était plate (1) et sans intonation :

    - Bonny aussi, plus jouer ?

    j’éclatai d’un rire discret, plus bas que haut, un rire émis seulement pour rassurer cette crainte singulière.

    - Mais si, Bonny jouera encore. Il n’est pas mort, Bonny ! Il se porte tout à fait bien.


    Et répéta, d’un ton impérieux :

    - Bonny aussi, plus jouer ?


    - Mais oui, Bonny aussi, un jour… mais dans longtemps, longtemps, si longtemps que ce n’est pas la peine d'y penser!


    Et quand enfin elle retrouva son souffle, je crus que – comme un nouveau-né – elle allait se mettre à hurler. Et en effet elle se mit à hurler, mais elle hurlait des mots, des « Veux pas ! Veux pas ! … » sans fin avec des grimaces si douloureuses que son frais et charmant visage triangulaire devin d’une laideur simiesque
    (sic), tout plissé et tout cramoisi.


    Elle avait murmuré : « Et Sylva ?… «  et je n’avais pas osé répondre. D’ailleurs attendait-elle une réponse ? N’en était-ce pas une que sa question ? Elle dit « Et Sylva ?… » et regarda Nanny. Et en la regardant plutôt que moi, elle sentait bien, elle devinait bien, qu’elle se heurterait à une défense plus faible. Et en effet, sous ce regard, la pauvre Nanny faiblit, elle ne put cacher son émoi ni sa peine.  Elle tendit vers Sylva ses deux bras avec une expression de pitié, d’affection consternées. Mais loin de se précipiter, la jeune fille bondit en arrière. Elle nous dévisagea l’un après l’autre, avec une espèce de haine. Sa bouche s’ouvrit, mais elle ignorait les injures.  Alors elle tourna sur elle-même et s’enfui.

     

     

    VERCORS « Sylva » - 1961 – p.222-2

     

    Texte fondamental

     le plus fondamental qui soit.

     

     

     



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